Voyage à Berkovitza en BULGARIE - juillet 2002

|   BERKOVITZA

Participants : Pierre B. et Jean N. ;

Véhicule : Camion remorque Volvo 40T

Pierre B. et Jean N. sont arrivés hier en France.

Le retour s'est bien passé, sans problème.

Remercions Dieu de les avoir gardés durant leur voyage.

Compte-rendu de ce voyage :

 

Deux buts à ce voyage

Joël Chiron nous avait parlé lors de notre dernière visite de besoins très importants dans le sud du pays, et le moment semblait venu de porter une aide là-bas.

Nous avions du matériel disponible pour la poursuite du projet agricole lancé il y a un an.

 

Le voyage

On pouvait craindre à cette époque de l'année de fortes chaleurs. En fait, nous avons eu beaucoup de pluie à l'aller, mais ensuite un temps plutôt frais en Bulgarie. Nos amis de Gotzé Deltchev sortaient de trois jours de pluie continue.

Le premier jour du voyage a été "agrémenté" de deux pannes.

La première : une conduite d'air qui éclate dans la descente du Fréjus, dans un tunnel et au moment où nous atteignons un refuge ! L'ensemble routier se met en sécurité, roues bloquées laissant la remorque dépasser un peu sur la chaussée. Cela assurera notre protection, coté circulation, pendant l'intervention !

La seconde, juste avant la tombée de la nuit : nous nous retrouvons au point mort sur l'autoroute, mais sur notre élan nous arrivons à un refuge providentiel ! Notre Dieu savait et veillait sur nous … Les deux réparations ont été effectuées " par le personnel qualifié du bord, c'est à dire Pierre " (notes de voyage de Jean)

La traversée de la Slovénie, de la Croatie, de la Yougoslavie s'est faite normalement avec des attentes de 2 à 4 heures aux frontières.

 

La situation matérielle là-bas

Ce que nous avons écrit dans les précédentes lettres de nouvelles se vérifie dès que l'on a passé la frontière : des terres à l'abandon (la moitié environ de ce qui est cultivable), des cimetières de matériel agricole, des ruines de fermes collectives, l'état des véhicules rencontrés, l'état des routes (6 heures de route pour parcourir 135 km !) ; tout cela donne la conviction d'être dans un pays délabré.

Dans la région de GOTZE DELTCHEV, au sud, que nous visitions pour la première fois, la topographie assez montagneuse n'a pas permis l'établissement de kolkhozes. Il reste de petites fermes dont la culture principale est le tabac. Une autre activité de la région est l'extraction de pierres plates (genre de lauzes) exportées vers l'Allemagne, la Pologne et autres pays. Un peu d'élevage (chèvres, moutons, vaches) complète les ressources.

Quelques "flashes", situations vécues :

  • Une chrétienne devait vendre sa vache pour faire face à certains frais. Une autre chrétienne ne trouvait pas d'acheteur pour son blé. Alors une troisième a donné à la première la valeur de sa vache ; elle a acheté à la seconde son blé pour nourrir la vache. Et la première dédommage un peu la donatrice en lui fournissant du lait ! Ce simple exemple montre comment nos amis chrétiens sont constamment confrontés à des problèmes fondamentaux d'existence.
  • Dans une vallée de cette région on cultive beaucoup les tomates. La mafia locale qui contrôle cette activité achète entre 0,03 et 0,08 euro le kg et revend sur les marchés dix fois plus cher. Les producteurs découragés abandonnent.
  • La corruption financière est omniprésente : à Berkovitza (où habite Joël) une usine productrice de fenêtres en PVC, bien équipée, a été rachetée pour une somme dérisoire par un privé "bien placé".

Un autre exemple : En route vers Gotzé Deltchev, nous roulions sur une route déplorable. Arrivés à une bifurcation, à gauche c'est notre route toujours aussi défoncée, à droite un "enrobé" qui n'a rien à envier à nos routes françaises. Explication : cela conduit à une usine textile rachetée et modernisée par un ancien ministre qui pendant son mandat de 4 ans n'a pas dû oublier de faire "quelques économies" !

 

Notre visite à GOTZE DELTCHEV

C'était donc la première fois que nous entrions en contact avec ces frères et sœurs du sud de la Bulgarie, une région toute proche du nord de la Grèce. Cette contrée est assez isolée et de religion musulmane. De ce fait, ces croyants ont très peu de visites de chrétiens de l'étranger. Ils n'avaient pratiquement jamais reçu d'aide humanitaire. L'encouragement n'en était que plus grand pour eux. L'œuvre de Dieu a commencé là en 1983. Des chrétiens de Sandansky, une vallée voisine, sont venus annoncer l'Evangile à Gotzé Deltchev ; plusieurs familles se sont alors tournées vers Dieu. Parmi elles deux sœurs Liliana et Dimka sont devenues de vraies missionnaires. Jusqu'en 1990 la persécution ne leur a pas été épargnée, pas le goulag mais un continuel harcèlement. Elles ont persévéré et maintenant il y a environ 700 personnes qui viennent aux cultes dans 14 églises ou postes missionnaires.

Nous avons été personnellement témoins de la hardiesse de Liliana pour parler de Jésus d'abord à la sortie de la mosquée, puis carrément avec nous dans la mosquée. Comme on dit dans le langage courant : "Il fallait le faire !!".

Nous n'oublierons pas de sitôt le dénuement saisissant mais aussi la chaleur de l'accueil haut en couleur de ces amis dont beaucoup sont d'origine tzigane ou turque.

Voilà donc de nouveaux amis avec lesquels des liens ont été créés.

 

A BERKOVITZA, SMIRNINSKI, et ROUJINSKI

De retour dans notre région habituelle de Bulgarie, nous avons déchargé outre l'aide humanitaire habituelle, du matériel pour compléter le projet agricole. C'était aussi le moment de faire le point sur les réalisations de l'année écoulée.

Nos amis étaient assez découragés au vu de leurs résultats. Ils ont récolté leur blé et l'ont stocké dans l'église mais le rendement a été médiocre. De plus les prix proposés par la mafia qui régente tout le commerce sont très bas. (A titre d'exemple, une coopérative voisine n'a pas voulu vendre son blé à la récolte ; alors il est stocké sous un simple hangar ouvert à tous les vents, en attendant des cours meilleurs. Mais les employés de la dite coopérative attendent eux aussi leur paie depuis octobre 2001).

Pour le tournesol, les 4 hectares plantés par nos amis, promettent un rendement moyen. Il y a bien eu quelques vols, heureusement très limités.

Alors nos amis ont décidé de moudre eux-mêmes leur blé et de distribuer la farine aux plus nécessiteux ; le tournesol sera transformé et vendu en huile pour court-circuiter les circuits mafieux.

Nous avons essayé de trouver les causes de ces rendements trop faibles pour le blé. Certes il y a eu une forte sécheresse au semis, puis en fin d'hiver. Mais il semble que la principale raison réside dans le fait que ce blé a été semé sur des parcelles incultes depuis plusieurs années, envahies d'herbes ; et le labour effectué avec une charrue à l'état d'épave. Il a été suivi d'un semis avec du matériel prêté, lui aussi en piteux état. Et on obtient un rendement de 20 quintaux /hectare. (moyenne en Bulgarie : 25. moyenne en France de l'ordre de 60 atteignant 80 à 90 en Beauce ou Brie).

Nous avons décidé de ne pas laisser se désespérer nos amis avec ces seuls résultats et nous leur avons donc fourni : un broyeur pour nettoyer le sol avant le labour et ainsi hacher les andains de paille au lieu de les brûler, un semoir, un pulvérisateur pour le désherbage, un cultivateur digne de ce nom, le leur faisant pitié !, un silo qui sera mis en place pour la prochaine récolte, un moulin à farine et un décortiqueur de blé, l'objectif étant d'obtenir de la farine au lieu de vendre le blé à vil prix.

Nous nous proposons de leur fournir une charrue correcte fin septembre (au cours d'un voyage en véhicule léger) ainsi que des conseils pour les prochaines cultures (*). Mais au dessus de tout ce que nous pouvons faire, demandons à Notre Dieu et Père d'apporter son secours à cette action pour que la lueur d'espoir demeure.

Ces 22 tonnes que nous avons apportées sont certes une goutte d'eau dans un océan de misère. L'essentiel réside toutefois en cela : ils ne sont pas oubliés. Ce contact que nous avons avec eux est aussi important, sinon plus, que la " livraison " effectuée.

Ainsi s'est terminé ce nouveau voyage en Bulgarie. Voyage de "routine" pour l'un, voyage de découverte pour l'autre ; mais chacune de ces missions n'est-elle pas pour chacun la découverte ou la redécouverte de conditions de vie que nous avons de la peine à imaginer depuis la France sans y avoir été plongés.

 

(*) : A la date de rédaction de ce bulletin, cette opération a été réalisée. Il en sera rendu compte dans la lettre de nouvelles du 4ème trimestre.

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