Voyage à Karkov en UKRAINE - octobre 2003

|   KARKOV

Participants : Jean N. ; Marcel & Huguette G. ;

Véhicule : Camion remorque F12

   

Ce voyage est parti le 13 octobre, pour Karkov, à l'est de l'Ukraine. C'est une ville où l'on passe souvent, mais c'est la 1ère fois qu'on y fait un voyage.

Sergeï, le principal correspondant, est un visiteur de prisons qui s'est lui-même converti en prison. C'est un peu le style de Josef Szabo mais avec des moyens bien inférieurs : il n'a qu'une petite maison, n'a pas de soutiens financiers à l'étranger ; chez lui, il reçoit bien quelques ex-prisonniers, mais cela reste limité. En prison, il a surtout à faire avec des jeunes. Il distribue des paquets, contenant entre autre des produits d'hygiène (c'était leur besoin pressant).

Le contenu du camion est à peu près le même que d'habitude, vêtements, chaussures, mais aussi les produits d'hygiène demandés (savon, brosses à dents, peignes, dentifrices...)

 

Compte-rendu de ce voyage :

Une nouvelle destination...

C’est par le canal de chrétiens ukrainiens résidant en France que ce nouveau champ d’actions s’est ouvert à nous dans le courant de l’année 2003.

Olga TROSENKO, puis quelque temps après son mari Sergeï sont venus à Loriol nous parler de leur travail, spécialement dans les prisons et orphelinats du nord de l’Ukraine et du sud de la Russie (bulletins de nouvelles du 2ème et 3ème trimestre). Et c’est ainsi qu’un convoi a été rapidement organisé avant l’hiver…

L’appel que nous nous étions permis de lancer (fournitures de produits d’hygiène de première nécessitée pour les jeunes détenus) a été bien entendu.

Un grand merci à tous les donateurs.

 

Le chargement

Du "classique" : vêtements, chaussures, linge de maison, vélos, sommiers, matelas, fauteuils roulants, déambulateurs, matelas anti-escarres, matériel médical, appareils ménagers, matériel de bureau, lessive, bibles et littérature biblique, calendriers 2004, et enfin cet apport spécial de produits d’hygiène élémentaire.

L’Ukraine fait de plus en plus de difficultés pour l’entrée de produits alimentaires. Aussi pour cette "première" à Karkov, nous nous en sommes abstenus pour ne pas compliquer le dédouanement sur place ; et pourtant cela n’aurait pas été du superflu !

 

Le voyage

Deux jours de voyage par l’Allemagne, l’Autriche, la Hongrie pour arriver à Budapest. Faut-il parler de la joie de revoir Josef et Eva Szabo et de la douceur d’une nuit dans un vrai lit ! Nous avions pu garer le camion toujours à la même station service toute proche, mais cette fois dans une zone bien éclairée face aux caisses et nos coffres personnels n’ont pas été visités.

Les choses se sont un peu compliquées à l’entrée en Ukraine (douane de Chop). Le poids total en charge des ensembles routiers est maintenant limité à 38 tonnes et notre poids déclaré d’après les documents est de 38,230 tonnes. Pas moyen de vérifier la réalité car la balance de la douane est en panne ! Alors il faut demander l’avis de la douane centrale de Kiev. Une fois encore, nous avons apprécié l’intervention de notre ami Vassia de la ville de Moukatchevo proche de Chop qui est venu à notre secours et nous a bien sûr offert l’hospitalité pendant que notre camion restait bloqué.

C’est donc 5 jours après notre départ de France que nous atteignons Karkov, une ville de 1.500.000 habitants que nous n’avions fait que contourner jusqu’ici lors de nos voyages vers Lougansk. Pas d’interprète à bord de notre camion. Le seul repère de contact convenu avec nos correspondants, au demeurant inconnus, est le panneau d’entrée de la ville et là il n’y a personne ! Un peu d’angoisse mais assez vite dissipée par l’arrivée de deux voitures avec une interprète : Lèna une jeune étudiante de 21 ans. Ouf !

 

A Karkov

Nous sommes dirigés vers une enceinte close où nous pouvons garer le camion sous l’œil d’un gardien, et vers 18h nous voici chez Slavic (ci-contre), responsable d’une église de Kharkov. La maison est typiquement ukrainienne avec ses doubles fenêtres de dimensions réduites, ses annexes rajoutées au fur et à mesure de l’extension de la famille, son jardin. Quand à l’intérieur, cela fait toujours "fané", avec ses tapis usagés, ses robinets "déglingués" et rouillés, la baignoire désaffectée, la chasse d’eau en panne….l’image d’une Ukraine bien mal en point…Mais alors quelle chaleur dans l’accueil ! Le courant d’amitié, d’amour même, passe tout de suite par le simple regard.

Slavic a 6 enfants. 5 sont encore à sa charge complète. L’aîné marié, sa femme et leur petit garçon de 18 mois vivent avec les parents. Cela fait 10 personnes sous un petit toit, mais on économise ainsi un loyer. Ce soir-là nous étions environ 15 à table. Plus tard nous sommes conduits dans un autre quartier de la ville pour la nuit : un immeuble cette fois, très délabré : trous inattendus dans l’entrée, installations électriques où pendent des fils….

Nos hôtes ont aménagé de leur mieux leur appartement, mais les ressorts du sommier pointent fort. Nos apports seront les bienvenus ! Chose appréciable : Une fois Léna partie, nous pouvons continuer à communiquer avec ces nouveaux amis car leur fille Olicia étudie l’anglais depuis 4 ans.

Le lendemain, avec Léna, nous visitons une école privée chrétienne, malheureusement payante bien sûr, mais c’est son seul moyen de survie. L’Administration ne les aide pas, bien au contraire. Grâce à quelques aides des pays de l’Ouest, cette école a pu s’équiper en matériel bien disparate. C’est quand même mieux que le dénuement des écoles publiques dont nous a parlé notre amie Ibolia, professeur de français à Moukatchevo. L’avenir est toutefois bien incertain : difficultés administratives, frais de fonctionnement…

 

Une autre visite, cette fois à une sœur âgée, Anna, nous donne une idée des conditions de vie d’une personne seule. Anna habite une petite maison très modeste, en partie incendiée il y a quelque temps, mais restée en l’état car Anna n’a aucune ressource pour réparer.

Tout chez elle est rustique et vétuste. Sa tenue vestimentaire obtenue au hasard des dons est surprenante. Difficile d’imaginer la survie dans cette bicoque par –20 ou –30° dehors. Sa cuisinière à gaz date d’une autre époque et quand nous lui avons dit que nous allions essayer de lui en procurer une, elle nous a bien remercié et nous a répondu, sans se départir de son sourire qu’elle ne pouvait pas payer le gaz !

Notre interprète Léna vit avec 40 dollars par mois que lui verse son père. Elle vit avec sa mère et sa grand-mère. Etudiante, ses frais de transport lui coûtent cher. Elle est très attachante. Son "mot de passe", c’est Jesous Christous (inutile de traduire !). Un soir elle nous dit à tous les trois : Je vous aime beaucoup !

Elle nous emmène visiter le marché de Karkov, le plus grand d’Europe parait-il. On se croirait dans un souk : beaucoup de marchandise vient de Chine, Vietnam, Taïwan. On trouve de tout, mais très, très "camelote". Au dire de Léna, une paire de chaussures achetée là ne dure pas plus d’un mois ! Il nous tarde de sortir de cette foule grouillante.
La ville elle-même n’est guère engageante : il n’est qu’à constater l’état lamentable des transports publics. En parcourant des rues défoncées nous longeons de nombreux immeubles inachevés. Là une usine qui employait 40.000 salariés n’en occupe plus qu’une centaine.

Dans Karkov il y a plus de 10.000 enfants abandonnés qui vivent dans des conditions épouvantables, se "logeant" où ils peuvent, surtout l’hiver : égouts, galeries de passage des canalisations de chauffage urbain.

Le gaz vient de Russie, laquelle n’hésite pas à fermer les vannes surtout en plein hiver si d’autres pays, meilleurs payeurs, désirent être davantage approvisionnés.

De retour chez Slavic, nous avons la joie de retrouver deux visages connus, ceux qui sont à l’origine de notre voyage : Sergeï et Olga TROSENKO. Ils sont accompagnés de Petrus et de sa femme, missionnaires eux aussi dans les prisons, et c’est là que nous partageons le repas. Comme l’eau du robinet n’est pas naturellement buvable, nous buvons des tisanes ! Notre ami Sergeï était radieux quand il a su la quantité de produits d’hygiène que nous avons acheminés pour ses détenus.

Les rencontres chrétiennes ne manquent pas, et grâce à Léna nous pouvons, partiellement au moins, en profiter : réunion d’étude biblique dans le village d’Anna ; rencontre de jeunes à un autre endroit. Le dimanche une réunion le matin, une autre l’après-midi avec des messages, des chants. Nous retenons le message d’un jeune frère : « Ne capitalisons pas, ne gaspillons pas, de manière à pouvoir aider les autres ! », en nous demandant ce qu’ils peuvent bien capitaliser ! C’est donc aussi un message pour nous.

Le dimanche soir nous nous réunissons avec les responsables de l’aide humanitaire des différents quartiers : organisation du dédouanement, déchargement, distribution : une entrée pour témoigner de l’amour de Dieu par l’intermédiaire de l’amour des autres pour eux. Ces responsables remercient avec beaucoup de chaleur tous les participants d’Espoir et Vie.

 

Déchargement et voyage de retour

Le lendemain, le camion-remorque est conduit dans un autre quartier de la ville où se trouve l’entrepôt où notre chargement sera mis sous scellés pour environ 6 semaines. Une bonne équipe est là pour faire la chaîne. Le douanier très consciencieux compte, ouvre les cartons, vérifie beaucoup, détaille même les brosses à dents ! Il fait plutôt la grimace en voyant des bibles non inscrites sur la liste. En effet ces bibles nous ont été remises très peu de temps avant notre départ, alors que la liste officielle a été établie trois mois auparavant ! Y aura t-il une taxe pour cela ?

Le soir nous nous retrouvons chez le responsable Slavic. Moment émouvant que ce moment de prière où, debout, nous entourons la table en nous donnant la main. Un courant d’amour passe au travers de notre être par nos deux mains serrées. Mardi, c’est le jour du départ, et c’est avec un pincement de cœur que nous quittons ces nouveaux frères et sœurs. Léna était particulièrement triste de nous voir partir, mais tous restent soutenus par leur foi ardente dans le Seigneur seul car ils ne discernent pas un avenir prospère dans ce malheureux pays.

Au retour, une halte d’une journée à Moukatchevo, puis une autre le dimanche à Budapest. Merci à notre Dieu qui nous a gardés pour nous conduire là.

Et pourquoi là, alors qu’il y a tant de besoins semblables dans tant de pays ?

Un élément de réponse dans ce courrier tout récemment reçu, provenant de notre jeune interprète Léna :

"J’ai vu qu’il y a des gens qui ne sont pas indifférents aux souffrances d’autres gens et qui les aiment, parce qu’ils comprennent que nous tous sommes les enfants de Dieu unique et cela doit nous réunir et nous aider à s’aimer".

 

Un autre élément de réponse, sans doute le plus important : par le moyen de ses serviteurs là-bas, Dieu nous a indiqué ce besoin précis, nous a accordé ce qu’il fallait pour cette urgence et a tout mené à bien dans notre voyage.

A Lui notre reconnaissance !

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